Colloque : Des corps, des identités... et après ?
Le colloque « Des corps, des identités... et après ? » se déroulera dans la salle de conférence de l'Alcazar, Bibliothèque municipale à vocation régionale de Marseille, le MERCREDI 21 JUILLET et commencera à 9h30. Entrée Libre et accessible à toutEs.
L'Alcazar : 58 cours Belsunce, 13001 Marseille. Tramway (station Belsunce Alcazar), en Métro (stations Cobert, Noailles ou Vieux Port) le Terminus du bus 21 depuis Luminy se trouve à quelques mètres.
Le colloque « Des corps, des identités... et après ? »
Qu'est ce que l'identité, qu'est ce qu'avoir une identité (nationale, queer, pédé, gouine, trans'...) ? Dans quelle mesure d'ailleurs a-t-on une identité, est dans quelle mesure est-on possédé par elle ?
Les diverses interventions de cette journée interrogent autant la psychanalyse (V. Bourseul) pour poser la question de la possibilité et des conditions de l'émergence d'une parole subjective vraie, que les couvertures du magazine Têtu (L. Gay) en cherchant à savoir à quel point elles construisent le corps homosexuel masculin, ou passeront par les questions trans pour questionner la production du « corps moderne » (A. Alessandrin) ou de la déviance (M.-Y. Thomas). Ou encore la médiation, celle du langage, et la notion de la valeur du médiateur, et de la confusion entre la valeur et le médiateur (K. Espineira), ou « simplement » de proposer une lecture queer de cette notion d'identité (C. Rea).
Enfin, la dernière intervention sera celle des participantEs des UEEH, préparées lors d'une série d'ateliers qui précèderont le colloque. Il s'agira alors d'ouvrir le dialogue aussi avec l'expérience activistE, militantE, quotidienne, de mettre en place, autour des questions du colloque, les conditions d'un retour de savoir.
(et voici l'argument du colloque, à partir duquel les propositions de communications ont été choisies)
Appel à communications
Les mouvements (militants ou non) liés aux minorités sexuelles et/ou de genre ont toujours produit un lexique identitaire, en se réappropriant du vocabulaire existant conçu comme insultant, ou bien en inventant leur propre terminologie. Les sujets minoritaires sont marqués bien avant de pouvoir se nommer, et pouvoir se nommer est une nécessité absolue : Disposer des mots pour créer son propre site, dans le lexique d'abord ; transformer l'insulte qui nie le sujet en un terme positif, affirmatif, presque combattif, qui rend viable l'existence de ceuLLEs qu'il désigne. Produire de l'identité semble signifier « rendre viable des existences ». Mais l'identité est un objet trouble, aux acceptions multiples, aux sens complexes. Catégorie d'analyse, revendication militante ou instrument politique, elle sature l'espace jusqu'à en perdre son sens. Elle permet de déterminer des sujets, mais les forme en retour. Outil militant, elle devient instrument d'émancipation, mais contrôle aussi les sujets qui se l'approprient. Elle produit parfois les objets qu'elle tente de définir ; et parfois, appliquée aux corps, elle les fabrique en semblant les dire.
Brubaker soulignera le danger des politiques identitaires : « Convaincre les gens qu’ils ne font qu’un ; qu’ils constituent un groupe fermé, spécifique et solidaire ; que leurs différences intestines ne comptent pas, en tout cas en vue des fins à atteindre à l’instant où l’on parle, c’est là une partie normale et nécessaire de la politique, et pas seulement de ce que l’on appelle d’ordinaire la « politique identitaire ». Mais ce n’est pas toute la politique ; et nous sommes, de fait, réservés devant la manière dont le recours routinier à la formulation identitaire risque de forclore d’autres modes tout aussi importants de formulation des revendications politiques. » [1]
Les voix minoritaires émergent dans l'abjection (abject : approximativement « [ce qui est] jeté en dehors ») : « l'abject désigne (...) ces zones « invivables », « inhabitables », de la vie sociale, qui sont néanmoins densément peuplées par ceux qui ne jouissent pas du statut du sujet, mais dont l'existence sous le signe de l'« invivable » est requise pour circonscrire le domaine du sujet »[2] ] L'identité majoritaire est constituée par la myriade des anormaux, qui en fixent à chaque instant la barrière, la frontière et la limite. Elle n'a pas de positivité propre, pas dans un premier temps, elle ne peut exister que par ce qui la met en jeu. Elle n'existe que tant qu'elle trouve des sujets différents, des sujets qui la nient : nous serions « normaux », non pas parce que nous le sommes, mais parce que nous sommes différents des anormaux, de l'abject.
Mais quand une frange d'anormalité perd son statut de « pure différence » pour s'organiser autour d'un caractère commun, quand s'identifie l'identité au sein du non-identique, parce que c'est peut-être ce caractère d'identité qui limite la capacité d'agir des sujets voire les exposent à la violence, apparaît alors la possibilité d'une organisation collective, la constitution d'une identité en creux, différentielle par rapport à la norme dominante, qui peut alors se nommer et agir.
Le processus d'émergence des voix minoritaires peut être considéré comme un processus d'identification, de regroupement, un mouvement dans l'espace social, comme un passage de l'irréductible différence d'un non-sujet à l'irréductible altérité du groupe identitaire ; mais si ce groupe permet à des sujets d'être formés, à des vies d'être « vivables », à des espaces d'être « occupables », il acquiert donc une valeur qui dépasse les sujets qui l'habitent, puisque il devient la condition de leur existence. Et ce faisant, il court le risque de la réification, de contraindre à nouveau, dans un sens différent, les sujets qui le forment. Dans les mouvements communautaires LGBTQI[3], communautés liées par un champ de pratiques (corporelles, sexuelles, etc.) réapparaissent des définitions purement positives de ce que sont un pédé, une gouine, unE trans... Plus positives en réalité que celles de la « norme majoritaire », qui n'en finissent pas d'être construites en creux, d'être construites par rapport à l'anormal.
Quelque soit leur mode de production, norme majoritaire ou création de subcultures au sein de la norme dominante, les champs identitaires, quand ils visent à désigner des pratiques corporelles, sexuelles, et sans doute quoi qu'ils désignent, sont faits de failles. Il existe quantité de pratiques corporelles qui ne sont pas nommables, quantité de désirs sexuels, de pratiques amoureuses, de jeux et de genTEs qui ne sont pas saisissables dans les systèmes de signification disponibles. Alors dans certains cas la faille se résout par la justice, par la médecine, par la psychiatrie, ou par la violence. Dans d'autres, on invente d'autres termes, qui déplacent les failles, les réinstallent autrement. Dans tous les cas, il existera toujours des vies qui seront dans l'indésignable, dans l'impossible impensable. Dans tous les cas, les vies s'ordonneront autour du désignable, par rapport au désignable, ce qui est nommable peut exister, ce qui ne l'est pas peut au mieux espérer créer sa brèche. « Tout concept, écrit Nietzsche, naît de l'identification du non-identique. Aussi sûr que jamais une feuille n'est entièrement identique à une autre feuille, aussi sûrement le concept de feuille est-il formé par un abandon délibéré de ces différences individuelles, par oubli du distinctif, et il éveille alors la représentation, comme s'il y avait dans la nature, en dehors des feuilles, quelque chose comme « la feuille », une sorte de forme originelle sur le modèle de quoi toutes les feuilles seraient tissées, dessinées, mesurées, colorées, frisées, peintes, mais par des mains inexpertes au point qu'aucun exemplaire correct et fiable n'en serait tombé comme la transposition fidèle de la feuille originelle. »[4]
Parler d'identité dans un cadre ayant pour objet les minorités sexuelles ou de genre, ou l'utiliser sans en parler, semble toujours engager ce mouvement complexe, qui, en permettant à des sujets d'être formés, les contraint et réifie leur position dans des registres identitaires. Comment situer l'identité, entre catégorie d'analyse et catégorie de vécu ? Peut-on penser des corps, des sujets, des vies minoritaires autrement qu'à travers elle ? Comment saisir autrement que par la réification identitaire les modifications qu'on apporte à ces corps, la façon dont ils sont pris dans le désir, dans l'amitié, dans l'amour, dans la violence ? Comment rendre compte de l'agir propre aux catégories identitaires, de la façon dont elles forment les sujets qui les mettent en œuvre ? Comment penser des corps autrement que dans un ordonnancement ou une sémiologie évidemment de pouvoir ? Comment se forment, se mettent en jeu et s'actualisent des normes corporelles ; quelle est la différence, ou bien la relation, entre une norme et une identité ? Comment émerge une parole minoritaire, comment des vies sortent-elles de l'abjection pour s'assimiler à un mode identitaire, comment passe-t-on de l'abjection à l'altérité ? Comment les identités minoritaires sont-elles produites, comment sont-elles insérées dans l'espace social (les espaces sociaux) ; quelle est leur action, leur mode d'existence ?
Nous recevons des propositions de toute approche disciplinaire, de chercheurSEs universitaires ou non, pour des communications de 20 à 45 minutes. Ces propositions (1000 mots maximum) doivent être envoyées par mail à colloque2010@ueeh.net avant le 15 Avril 2010. Les textes des communications retenues devront être envoyées avant le 1er Juillet 2009, afin de permettre la mise en place de la traduction (Traduction simultanée au casque vers l'anglais et l'espagnol, interface LSF sous réserve). Les auteurSEs des propositions retenues seront informéEs au plus tard le 30 Avril. Les actes feront l'objet d'une publication, soit sous forme papier, soit sous forme électronique sur le site des UEEH.
Les déplacements des intervenantEs ne pourront être pris en charge que de façon exceptionnelle. Merci de nous faire part de toute demande de prise en charge en accompagnement de la proposition de communication.
Les UEEH
Les Universités d’Eté Euroméditérranéennes des Homosexualités - UEEH sont une manifestation unique en Europe qui promeut les échanges, la transmission et le partage des savoirs dans un espace participatif de vie et de gestion collective. Nées en 1979, elles réunissent chaque année à l’Ecole des Beaux Arts de Marseille plusieurs centaines de personnes pour réfléchir, échanger, créer, confronter des idées. Les participantEs, adultes de tous âges, venuEs de toute l’Europe, du bassin méditerranéen ou d’ailleurs, ont en commun de se considérer comme minoriséEs de par leur orientation sexuelle et/ou leur identité de genre.
Parmi ellEs, on compte des membres d’associations ou de collectifs, des étudiantEs, des militantEs, des universitaires, des chercheuSEs, des écrivainEs, des plasticienNEs, des musicienNes, etc. les UEEH ont à cœur de remplir une mission primordiale d’éducation populaire en direction des communautés Lesbiennes, Gay, Bisexuelles, Transgenre, Queer et Intersexes (LGBTQI). Les activités proposées par chacunE fait des UEEH un espace unique : ateliers pratiques, artistiques, militants, ateliers de réflexion et des temps de débat, une journée de colloque dans Marseille, une bibliothèque éphémère, des stands associatifs, un pôle d’information et de prévention sur la santé, des lectures publiques, des projections de films, un cabaret, des concerts et des expositions, des performances et des installations, du sport, des jeux... L’échange et la co-construction de nos savoirs, la remise en question des préjugés, la fédération des luttes contre les discriminations sont au cœur de nos activités. Toutes les initiatives sont possibles et chaque participantE est invitéE à proposer et animer des ateliers, des soirées, des débats, des spectacles...
Le colloque « Des corps, des identités... et après ? » représente un temps particulier des UEEH. Contrairement au reste de la manifestation, il est organisé dans le centre ville de Marseille et est ouvert au public. Il vise à créer un espace de travail privilégié qui ouvrirait à touTEs les travaux des UEEH.
L'édition 2010 se tiendra du 17 au 25 Juillet. Les UEEH bénéficient du soutien de la Ville de Marseille, du Conseil Régional Provence-Alpes-Côte d’Azur et du Conseil Général des Bouches-du-Rhône. http://www.ueeh.net/
Coûts
La participation au colloque est gratuite, et est distincte de la participation aux Universités d'Été qui est payante et soumise à préinscription.
Notes
[1] Rogers BRUBAKER. “Au delà de l’« identité »”. Dans : Actes de la Recherche en Sciences Sociales 139 (2001), p. 66–85
[2] Judith BUTLER. Ces corps qui comptent : De la matérialité et des limites discursives du "sexe". Paris : Amsterdam, 2009, p. 17
[3] Lesbien, Gay, Bi, Trans, Queer/en Questionnement, Intersexes
[4] Friedrich N IETZSCHE. Vérité et mensonge au sens extra-moral. Trad. par Nils G ASCUEL. Arles : Babel, 1997
Publié le jeudi, juillet 8 2010, par Thibault dans la catégorie : Colloque - Lien permanent